PRODUCTION
Seules les femelles sont pourvues d'un système vulnérant, c'est-à-dire d'un
dard et d'un système de production et de stockage du venin.
- La reine a la particularité d'avoir un dard lisse (comme les guêpes).
Ceci lui permet de pouvoir le retirer de sa victime sans dommages. Une reine
n'utilise son dard que contre une autre reine vierge.
- Les ouvrières ont un dard dentelé et ne peuvent en général pas le retirer.
Elles laissent donc tout le systeme vulnerant accroché a la victime, et
finissent par mourir dans les heures qui suivent. C'est donc une arme à usage
unique qui débouche très souvent sur la mort à petit feux de l'abeille.
Les jeunes abeilles âgées de moins de 3 jours sont inoffensives car leur squelette n'est pas encore suffisamment rigide pour que les muscles puissent propulser le dard à l'extérieur, mais aussi parce que leur poche à venin est vide.
Les males n'ont pas de dard et sont donc inoffensif. Il faut noter qu'un male meurt aussi dés qu'il s'est accouplé avec une reine car ses organes sexuels restent accrochés à la reine. Mais pour lui la mort est immediate.
Après la piqure, la poche à venin, qui est restée accrochée à l'aiguillon, est animée de spasmes contribuant à injecter encore plus de venin. C'est pour cela qu'il ne faut pas tarder à retirer le dard. Le retrait du dard doit se faire avec précaution afin de ne pas exercer de pression sur la poche à venin.
Le venin est secrété par deux glandes, l'une produisant un liquide acide débouchant dans le réservoir à venin, l'autre sécrétant un produit alcalin utilisé dans la lubrification du dard.
Le dard, constitué de deux lancettes et d'un guide, mesure 2 mm de long mais ne pénètre en général que de 1 mm. Extrêmement fin d'un coté il atteint 0.1 mm de diamètre à sa base. Les dentelures du dard d'une ouvrière mesurent 0.03 mm. Une piqure injecte de 0.2 à 0.3 mg de venin.
En proportion le venin est beaucoup plus efficace chez les vertébrés que les autres animaux. Chez le rat ou le lapin la dose mortelle est de l'ordre de 3 à 4 mg/kg. Une douzaine de piqures réussies peuvent donc tuer un petit animal. Mais pour beaucoup d'animaux le pelage ou le plumage constitue déjà une bonne protection.
RECOLTE DU VENIN
Les gardiennes étant les abeilles les plus performantes dans la production de venin, le venin est récolté à l'entrée de la ruche. La méthode est un peut barbare mais ne tue pas les abeilles comme c'est le cas après une piqure. Le principe consiste à placer sur la planche de vol une planchette recouverte d'un grillage électrifié. La stimulation électrique de l'abeille provoque la piqure. L'abeille pique la planchette qui est une membrane fine située quelques millimètres au dessus d'un fond en verre amovible. La membrane étant très fine l'abeille peut retirer son dard sans en mourir. Le venin se dépose sur la plaquette de verre.
Le venin contenant de la phéromone d'attaque (acétate d'isoamyle), très rapidement les autres abeilles viennent en renfort et piquent aussi la membrane sans qu'il soit nécessaire de les soumettre aux stimuli électriques. Avec cette méthode on peut récolter 50 mg de venin par ruche. Il faut donc exciter une bonne vingtaine de ruches pour obtenir 1 gramme de venin.
Le venin récolté est ensuite déshydraté (lyophilisé) et stocké sous forme d'une poudre blanche. Même si les propriétés toxiques de venin en poudre sont préservées, ses propriétés chimiques sont parfois altérées. Par exemple il perd son acidité due à des composés volatils absents dans la poudre. C'est pour cette raison qu'il est parfois conditionné sous forme d'ampoule. L'inconvénient des ampoules est que le venin y est dilué.
Certains praticiens de l'apithérapie utilisent directement des abeilles vivantes pour piquer leurs patients.
COMPOSITION DU VENIN
Le venin est un liquide transparent, acide (pH=5 +/- 0.5), plus dense que l'eau (d=1.3) avec une odeur agréable fruité mais un gout très amer. L'odeur fruitée vient en partie de l'hormone d'attaque (acétate d'isoamyle), qui a une odeur de banane.
Le venin d'abeille contient presque 90% d'eau. Les 10% restant sont constitués d'une soixantaine de produits. Le tableau ci dessous décrit la composition de ces 10% actifs (seuls les composés principaux sont présentés):
| ENZYMES | % |
| Phospholipase type A2 | 12 |
| Hyaluronidase | 2 |
| Phosphomonoesterase | 1 |
| Lysophospholipases | 1 |
| PEPTIDES | % |
| Melitine | 50 |
| Apamine | 3 |
| Peptide 401 (MCD) | 2 |
| Secapine | 0.5 |
| Tertiapine | 0.1 |
| Procamine | 1.5 |
- Melitine
- C'est le principal composant du venin. Il s'agit d'un anticoagulant et d'un anti-inflammatoire (production de prostaglandine E1 et E2). Le rôle d'un anti-inflammatoire est d'éviter que la zone piquée envoi trop de messages de détresse au système immunitaire et ralentir ainsi la réaction de la victime, laissant du temps au venin pour se diffuser. En bloquant aussi l'action du potassium et du calcium il a un effet analgésique. (Quand on se fait piqué ce n'est pas l'impression que l'on a !)
- MCD (mastocyte degranulating peptide)
- Le MCD est chimiquement très proche de l'apamin. Malgré sa faible quantité (2%) il est le principal agent allergène provoquant la dégranulation des mastocytes (une sorte de cellule souche) ce qui provoque la libération de médiateur tels qu'histamine, sérotonine ou héparine Ce sont ces médiateurs chimiques qui provoquent la réaction allergique.
- Hyaluronidase
- C'est une enzyme qui catalyse l'hydrolyse des acides hyaluroniques. En d'autres termes l'acide est détruit et perd sa fonction dans la liaison des cellules. Le venin peut donc se propager plus facilement entre les cellules
- Phopholipase
- C'est le principal allergène contenu dans le venin. Enzyme qui catalyse l'hydrolyse des phospholipdes Ces phospholipides sont les principaux constituants de la membrane cellulaire. Leur dislocation par l'hydrolyse permet au venin d'entrer dans les cellules.
- Phosphomonoesterase
- Enzyme qui catalyse l'hydrolyse d'un monoester orthophosphorique pour former un alcool et un orthophosphate. Il participe donc à la destruction de molécules utilisant du phosphate, c'est un des éléments allergène du venin.