La reine des abeilles est la seule femelle féconde de la ruche. Elle est la mère de toutes les ouvrières et faux-bourdons de la colonie. D'ailleurs, il fut une époque où on employait le mot « mère » plutôt que reine. L'appellation « reine » laisse penser, à tort, qu'il y a une relation d'autorité à sens unique reine/sujet. En fait la reine n'est pas maitre de tout et elle entretien avec les autres femelles (les ouvrières) des relations complexes fondées sur des messages chimiques à base de phéromones.
SIGNES PARTICULIERS
Une reine a plusieurs signes distinctifs, plus ou moins visibles, par rapport à une ouvrière :
- Son corps est plus gros et plus allongé (20mm) que celui d'une ouvrière (15mm). Mais les ailes ont la même longueur, ce qui fait que l'abdomen de la reine n'est pas complément recouvert par les ailes comme pour une ouvrière. Ceci constitue le signe distinctif principal.
- Comme la reine ne butine pas ses pattes sont dépourvues des ‘outils de travail' : Brosses, peignes corbeilles. Sa langue est plus courte (3mm) que celle des ouvrières (6mm), ses yeux ont moins de facettes et son système olfactif est moins performant.
- De même elle n'a pas besoin de construire de rayons, elle n'a donc pas de
glandes cirières.
En fait, la reine est ‘optimisée' pour la ponte. Ces ovaires occupent presque tout son gros abdomen. Tous ce qui n'est pas utile à sa mission de ponte n'est pas présent chez la reine.
- Contrairement à celui des ouvrières le dard de la reine est lisse. Elle peut donc le retirer et piquer à nouveau. Cependant, elle ne s'en sert que contre une autre reine quand elle est encore vierge. Une fois ses ovaires complément développés elle aurait plus de mal à s'en servir, ce qui expliquerait pourquoi une jeune reine vierge l'emporte presque toujours sur une vielle.
- Depuis son état larvaire, et tout au long de vie la reine est nourrie exclusivement de gelée royale par les jeunes ouvrières.
- Son espérance de vie est de 5 ans, celle d'une ouvrières de 5 ou 6 semaines Il ne faut pas attribuer la durée de vie de la reine à la seule gelée royale mais aussi à sa faible activité (elle ne sort pas, donc ne vole jamais). Par exemple, les ouvrières nées à la fin de l'automne on une espérance de vie de plusieurs mois du seul fait qu'elles n'ont pas à sortir butiner.
POUR FAIRE UNE REINE
Les ouvrières décident d'élever une nouvelle reine quand leur reine actuelle a disparue accidentellement, ou qu'elle est partie (essaim) ou qu'elle ne pond plus suffisamment d'œufs d'ouvrières (par manque de spermatozoïdes).
Pour cela les ouvrières choisissent plusieurs larves sorties de l'œuf depuis moins de 36 heures. En effet il faut que ces larves ne soient pas déjà passées au régime miel+pollen, et soient encore nourries à la gelée royale. Pour ces larves élues le régime gelée-royale continuera jusqu'à l'operculation. La cellule qui abrite une élue est agrandie puis remodelé en cellule royale. L'operculation commence dans le courant du 5ème jour de la larve, alors que la larve beigne dans une cellule remplie de gelée-royale. Alors qu'il faut 12 jours pour une nymphe d'ouvrière, la nymphe royale se développera en moins de 8 jours. La future reine sortira donc 16 jours après la ponte (21 pour une ouvrière, 24 pour un mâle)
PETITS MEURTRES ENTRE REINES
Par sécurité les ouvrières ont pris soin d'élevées plusieurs reines. La première de ces reines à émerger de sa cellule va tuer ses sœurs royales, soit directement avec son dard avant qu'elles n'émergent de leurs cellules, soit au cours d'un combat. Si la vielle reine est encore là, (l'essaimage n'a pas pu se faire) elle est souvent épargnée car protégée par les ouvrières.
Si les ouvrières ont décidées d'essaimer avec la nouvelle reine elles l'empêcheront de tuer les autres reines. On parle alors d'essaim secondaire, car il fait suite au premier essaim qui est partie avec la vielle reine. En attendant l'essaimage secondaire la jeune reine émettra, en faisant vibrer ces ailes, un son strident et modulé pour dissuader les autres reines de sortir. Ces dernières répondent par un son plus sourd et monocorde : C'est le «chant des reines ». Ils se déroulent à intervalle régulier, 3 ou 4 fois par minute pendant des heures et des heures.
Il est important de noter que ce sont les ouvrières qui ont l'initiative de l'essaimage, de l'élevage d'une nouvelle reine, de la protection de la vielle et/ou de la jeune reine. On peut lire dans certains ouvrage que les ouvrières ‘organiseraient' le combat entre les jeunes reines.
VOL NUPTIAL
La jeune reine qui sort victorieuse de son combat avec ses sœurs est une reine vierge. Elle doit accomplir un vol nuptial au cours duquel elle s'accouplera avec une douzaine de males, dont elle gardera le sperme dans sa spermathèque. L'accouplement est fatal pour le male. Mais à cause des oiseaux et de la météo (pluie, vent violent) la reine prend de gros risques. Si elle ne rentre pas la colonie est perdue (Ca fait au moins deux semaines qu'il n'y a plus de ponte dans la colonie, il est donc impossible aux ouvrières d'élever d'autres reines)
De retour de ce vol nuptial la reine ne sortira plus de la ruche, sauf pour essaimer. Elle puisera quelques spermatozoïdes dans sa spermathèque chaque fois qu'elle voudra féconder un ovule et pondre un œuf de femelle (ce qui est l'immense majorité des cas). Mais elle déposera un ovule sans spermatozoïde quand elle décidera de pondre un oeuf de male, on parle alors de parthénogenèse arrhénotoque (ou facultative) car le développement de l'oeuf a lieu même sans fécondation.
RENDEMENT
Pendant les beaux jours une reine âgée de moins de 3 ans peut pondre jusqu'à 3 milles œufs par jour. Mais à partir de la troisième année la reine commence à pondre moins. Les ouvrières s'en aperçoivent et peuvent organiser sont remplacement en élevant quelques reines dont une prendra la succession.
Les apiculteurs recherchant le rendement à tous prix, tuent les reines de 3 ans pour qu'elles soient remplacées par de jeunes reines toutes fringantes. Certains, qui n'ont pas la patience d'attendre la naissance de la nouvelle reine, suppriment la vielle reine et introduise une jeune reine vierge élevée spécialement dans une autre ruche. Les plus pressé vont jusqu'à inséminer la jeune reine afin que la ponte reprenne le plus vite possible après la suppression de la vielle reine.
Il faut noter un effet pervers. Le nourrissement spéculatif a pour but d'inciter la reine à reprendre la ponte le plus vite possible à la sortie de l'hiver. Mais ce quelle pond là elle ne pourra pas le pondre plus tard. Les problèmes de ponte à partir de 4 ans sont souvent liés à des nourrissement spéculatifs (trop) efficaces. Si la reine vient à manquer de sperme elle ne produira que des males. On dit qu'elle est bourdonneuse. Si les ouvrières s'en aperçoivent assez rapidement (quand il y a encore des cellules avec des œufs de femelles) elles pourront organiser la succession.
NOTES : Chez les mammifères le nombre d'ovules est limité mais pas le nombre de spermatozoïdes. Il suffit d'un nouvel accouplement pour obtenir des spermatozoïdes. Chez les abeilles le nombre d'ovules n'est pas limité mais ce sont les accouplements, donc les spermatozoïdes, qui sont limités. Ceci a un impact sur la gestion du rendement d'une reine. Les professionnels sont toujours à la recherche de la plus forte production de miel. Cela passe forcement par le plus d'ouvrières possible donc par la ponte la plus forte possible. Le nourrissement spéculatif en est un exemple. Mais en fait ce n'est pas directement l'âge de la reine qui est la cause première de la baisse de ponte mais c'est le fait qu'on la stimule pour qu'en 2 ans elle ponde l'équivalent de 3 ou 4 ans à l'état naturel. Sa spermathèque se vide donc beaucoup plus vite et son métabolisme est mis à plus rude épreuve.
Dans le contexte de l'apiculture populaire, où le rendement ne prime pas, on peut largement garder ses reines 4 ans.
VOIR LA REINE
Quand on met un essaim dans une ruche par la méthode du drap posé devant la ruche on peut, avec de la patience, voir passer la reine. Une fois dans la ruche les choses sont plus difficiles, surtout si on n'utilise pas de cadres.
Si on a un besoin absolu de trouver la reine il faut la chercher en priorité et en douceur sur les rayons de couvain. La douceur compte beaucoup car la reine est peureuse et si, elle perçoit un risque, elle se cache. Ce comportement peut être mis à profit pour faire monter la reine sur les barrettes en lui faisant peur (bruit, vibration, fumée). On peut ainsi espérer la voir sans avoir à sortir les rayons. Cette méthode est cependant stressante pour toute la colonie.
Quand on a besoin de capturer la reine, pas juste la voir, on peut utiliser une grille à reine. On ‘filtre' la colonie au travers de cette grille. Les mâles et la reine sont trop gros pour passer au travers de cette grille. Il est alors facile de capturer la reine.
L'idéal est d'utiliser des méthodes qui n'ont pas besoin de trouver la reine. Une des raisons de vouloir capturer la reine c'est pour la tuer afin que les ouvrières la remplacent.