Le pollen est l'objet d'un des plus vieux contrats existant sur terre. En échange du nectar donné par la plante l'insecte transporte le pollen de fleur en fleur. C'est la pollinisation. Les abeilles s'acquittent de cette tache depuis plus de 50 millions d'années. Mais au passage elles gardent une partie de ce pollen pour leurs propres besoins alimentaires.
LE GRAIN DE POLLEN
Pour faire simple disons que le pollen est la cellule reproductrice male de la plante.
En fait le grain de pollen contient 2 noyaux : le négatif et le génératif. Le végétatif servira à construire un tube pollinique qui conduira ver le sac embryonnaire (constitué de 8 cellules) les deux cellules spermatiques produites par le noyau génératif. L'une des cellules spermatiques fusionnera avec l'oosphère (l'une des 8 cellules) l'autre servira à former l'albumen qui nourrira l'oeuf. On est loin du fonctionnement d'un spermatozoïde.et d'un ovule.
L'enveloppe du grain de pollen est constituée de deux couches : l'intine et l'extine. La couche interne (intine) est constituée de polysaccharides (sucres) comme la cellulose. La couche externe (exine) est constituée d'un dérivé lipidique (graisse) : la sporopolleline. Cete sporo-polleline, comme son nom le laisse deviner, se retrouve chez les spores et les pollens. Cette matière est extrêmement résistante puisque on découvre dans certaines couches géologiques des pollens datant de plusieurs millions d'années. (En fait on ne retrouve que l'enveloppe du grain de pollen, le contenu a été perdu. Le pollen n'a plus sa capacité de fécondation)
L'exine de chaque plante a une forme très spécifique, ce qui permet d'identifier la plante d'origine. La taille d'un grain de pollen varie de 0.006mm (myosotis) à 0.150 mm (courge). Les grains lisses sont en général ceux de plantes qui utilisent le vent comme vecteur de pollinisation, alors que celles qui utilisent un animal ont une exine avec de nombreuses excroissances afin d'adhérer plus facilement à l'animal.
En regardant au microscope une goute de miel on peut y voir des grains de pollen, et (avec de l'expérience) identifier la plante d'origine et donc l'origine du miel. Si un type de pollen domine nettement ce sera un miel mono floral (acacia, lavande …) sinon ce sera un miel toutes fleurs. La Palynologie est la science qui étudie les pollens et la melissopalynologie est la branche de cette science appliquée aux miels.
A l'intérieur de ces deux enveloppes on trouve deux noyaux de cellules, constitué de 20 à 40% de protéines. Comme les abeilles ne sont ni carnivores ni charognards, le pollen constitue leur seule source de protéines. Pour les glucides les abeilles on deux sources d'approvisionnement le nectar (végétal) et le miellat (animal). Pour les protides le pollen est la source unique, il est donc vital.
RECOLTE
En butinant les abeilles se retrouvent involontairement saupoudrées de
grains de pollen. En passant de fleur en fleur elles vont disséminer ce
pollen. Mais elles vont aussi soigneusement se peigner, d'avant en arrière,
et agréger les grains en pelotes. Ces pelotes peuvent atteindre 2 à 3 mm de
diamètre et peser 25mg. Ces pelotes sont stockées sur les corbeilles prévues
à cet effet et situées sur la paire de pattes arrière.
De retour a la ruche, comme pour le nectar, les butineuse confient leur chargement à des abeilles plus jeunes qui vont aller stoker les pelotes de pollen dans des alvéoles situées autour du couvain. L'abeille tasse avec sa tête les pelotes au fond de l'alvéole. Contrairement au miel ces cellules à pollen ne sont jamais operculées.
Une fois stocké dans les alvéoles le pollen va subir deux fermentations lactiques. La première décompose en partie les couches de protection, la deuxième concerne le contenu. Sans ces fermentations le pollen n'a aucun intérêt nutritif. La fermentation ne peut avoir lieu que dans un milieu pauvre en oxygène (d'où la nécessite de tasser les pelotes de pollen) en présence de glucose (apporté par l'abeille grâce au nectar) et avec du pollen pas trop sec. Dans de bonnes conditions ces fermentations prennent environ 2 semaines. Ce délai est à prendre en compte quand on stimule la ponte de la reine. Il faut être certains que du pollen fermenté sera disponible, en quantité suffisante, quand la reine pondra.
La fermentation lactique est utilisée pour transformer des aliments afin de les conserver sur une longue période : Le lait sous forme de yaourt, le chou sous forme de choucroute. La conservation est due à l'acidification du produit final. Les agriculteurs l'utilisent aussi pour conserver le fourrage (Les gros sacs en plastique dans les champs), on parle d'ensilage. Les abeilles pratiquent donc l'ensilage !
POLLINISATION
La pollinisation est une phase capitale pour la survie de la plante mais aussi pour l'alimentation de certains animaux y compris les Hommes. Sans pollinisation plus de pommes, de kiwi, de melon, de poire, de pomme de terre ect…Presque 3/4 des cultures dans le monde dépendent de la pollinisation. Sans pollinisation c'est la famine pour tous !
Certains apiculteurs tirent des revenus de ce travail des abeilles. A la demande de certains agriculteurs ils amènent sur les lieux de culture des ruches afin de garantir une bonne pollinisation. Les agriculteurs ont bien compris que « bonne pollinisation = bon rendement ». Encore faut-il qu'il y ait des abeilles !
Il faut cependant faire attention. Le fait de stocker puis de consommer une seule variété de pollen peut provoquer des carences de certains acide-amminés (les briques de base des protéines).Certains pollens, comme le maïs ou la tomate, sont plus pauvres que d'autres.
PRODUCTION
Une colonie récolte quelques dizaines de kilo de pollen par an (de 10 à 50). Grace à une trappe à pollen positionnée à l'entrée de la ruche on peut intercepter quelques kilos (1 à 5) de ce butin. Tous les systèmes de trappe fonctionnent sur le même principe que la grille à reine. Il s'agit d'une grille constituée de trous suffisamment gros pour que l'abeille puisse y passer de justesse (5mm de diamètre) mais suffisamment petits pour que les pelotes se détachent des pattes. Le pollen tombe dans un tiroir (protégé de la pluie) que l'on doit pouvoir vider régulièrement sans déranger la colonie.
Il est important soit de ne pas laisser la trappe en permanence soit d'utiliser un trappe avec un faible rendement. En effet, sans pollen les abeilles ne peuvent plus faire de gelée royale. Or la reine et le couvain (pendant les 3 premiers jours) sont nourris avec de la gelée royale. Il faut aussi penser à laisser circuler les males.
Le filtrage à l'entrée a aussi un effet sur les sorties. Les abeilles butineuses son ralenties en entrant et en sortant et les nettoyeuses ne peuvent plus rien sortir (débris, cadavres …)
Ce que l'on récolte n'est pas du pollen mais des pelotes de grains de pollen. Les grains de pollen font moins d'un dixième de millimètre, les pelotes que l'on récolte font de 1à 3 mm
Comme le pollen capte facilement l'humidité il faut vider régulièrement le
tiroir des trappes. Ensuite on fait un premier tri manuel pour enlever
certains déchets. Puis
- Soit on le congèle. A priori simple, mais il faut ensuite respecter
la chaine du froid jusqu'à sa consommation. Cette méthode préserve mieux les
propriétés du pollen.
- Soit on le déshydrate dans un courant d'air chaud (38°C) et on le conserve dans
des pots ou sacs fermés hermétiquement.
- Soit on le vend comme « pollen frais », ou on le consomme
directement.
CONSOMMATION
Important : Le pollen tel qu'il est récolté (à l'entrée de la ruche) n'a pratiquement pas subit de fermentation lactique. Il est donc encore protégé par ses deux couches de protection ce qui fait que notre organisme n'en retire pas grand-chose. Certains laboratoires provoquent artificiellement la fermentation lactique afin de rendre le pollen assimilable. Il est alors vendu sous le nom de « pollen fermenté ».
Le gout du pollen n'est pas bon ! Il a un gout de verdure, pire que la salade pas assaisonnée. Ceux qui veulent en manger devraient le consommer mélangé avec d'autres aliments (potage, confiture, miel, fromage blanc …) plutôt que de se forcer à le manger à la cuillère.
Comme toujours avec les produits de la ruche, on attribue au pollen mille et une vertus. Aux dires de certains il préviendrait même le cancer de la prostate et du sein ! Il est vrai que c'est théoriquement un produit complet : glucides, lipides, protéines et minéraux (en particulier du sélénium) mais de là se croire protégé de certains cancers, faut pas exagérer !