Jachere apicole

Beaucoup d'apiculteurs installent leurs ruchers sur des terrains ne leur appartenant pas. Bien qu'ils aient choisi ces emplacements en fonction de l'environnement, ils ne contrôlent pas vraiment les cultures environnantes. Mais quand le terrain vous appartient il est possible de gérer les environs proches du rucher, sur quelques dizaines à centaines de mètres autour des ruches. Dans ce cas il est possible de semer des plantes dites mellifères.

Ce ne sont pas les fleurs qui produisent le miel. On devrait donc parler de fleurs nectarifères ou pollinifères. Mais par abus de langage on parle de fleurs mellifères.

Rappels ...  


Plante annuelle
Tout le cycle de la plante, de la germination à la mort, a lieu en un an. La plante passe l'hiver sous forme de graine. Ce sont par nécessité des plantes à croissance rapide. Exemple : Bleuet et coquelicot.
Plante biannuelle
Le cycle s'étend sur deux ans. La première année la plante s'installe dans le sol mais ne produit ses fleurs et donc des graines que l'année suivante et meurt. La croissance est moins rapide mais en général la floraison est plus précoce que pour les plantes annuelles puisque la plante est déjà en place à la sortie de l'hiver. Exemple pâquerette et primevère.
Plante vivace
La durée de vie de la plante est supérieure à 2 ans. Leurs périodes de floraison sont plus variées car moins tenues par le temps. Tous les arbres et arbustes sont forcement vivaces. Mais le trèfle l'est aussi.

  • Une jachère se prépare et s'entretien sans utiliser d'herbicides.
  • Le développement d'une jachère dépend du sol, du climat et des végétaux concurrents.
  • Une jachère apicole n'est ni une jachère fleurie ni une jachère faune car les objectifs ne sont pas les mêmes.
  • Certaines plantes sont annuelles d'autres biannuelles d'autres sont vivaces. Il faut donc au moins deux ou trois ans à une jachère apicole pour s'installer.
  • Le pouvoir attractif d'une plante dépend beaucoup de la concurrence des autres plantes et de sa situation par rapport à la ruche. Même la Phacélie devant la ruche fera pale figure face à un champ de tournesol situé à 200m.
  • Toutes les fleurs n'offrent pas leur nectar au même moment dans l'année ni aux mêmes heures de la journée (horloge florale de Carl von Linné)

Tout ceci fait qu'une jachère est un écosystème complexe que l'on ne peut pas considérer comme au distributeur automatique de nectar et de pollen.

Plantes mellifères à semer soi-même  

Cliquez sur le nom scientifique pour voir la plante

Espèce Note sur 5 Floraison Notes
Nectar Pollen Periode Par an
Phacélie
Phacelia tanacetifolia
5 3 10 semaines apres semis 1 annuelle
Trèfle violet
Trifolium pratense
4 3 Mai - Juin n Vivace, croissance rapide
(Emblème de l'Irlande)
Trèfle hybride
Trifolium hybridum
3 3 Juin - Juillet n bisannuel/vivace, résiste au froid
Trèfle blanc
Trifolium repens
3 2 Juin - Juillet n Vivace
Trèfle d'Alexandrie
Trifolium alexandrinum
3 2 Juin - Juillet 1 Vivace, croissance rapide
Sainfoin
Onobrychis viciifolia
3 2 Mai - Aout n Vivace
(*)Moutarde
Sinapis alba
3 2 Mai - Sept 1 Annuelle
Sauge
Salvia pratensis et officinalis
3 2 Mai - Juillet ? Vivace
(*)Viperine
Echium vulgare
3 1 Juin - Sept 1 Bisannuelle/vivace
Mélilot
Melilotus alba
2 2 Juin - Juillet n annuelle/bisannuelle, Résiste à la secheresse
Lotier corniculé
Lotus corniculatus
2 2 Mai - Aout n Vivace, résiste au froid
Trèfle de perse
Trifolium resupinatum
2 1 Juin - Juillet 1 Vivace, résiste au froid
Luzerne lupuline (Minette)
Medicago lupulina
1 2 Juin - Aout 2 Annuelle ou Bianuelle, croissance rapide
Sarrasin
Fagopyrum esculentum
2 1 Juin - Sept 1 Annuelle à croissance rapide
(*)Bleuet
Centaurea cyanus et jacea
2 1 Mai - Oct 1 Annuelle, parfois bisannuelle

Attention ces plantes marqué de (*) sont parfois considérées comme des plantes envahissantes. Leur usage dans une jachère peut parfois être réglementé ou interdit.

Les trèfles, les sainfoin, les mélilots, les lotiers, les luzernes font partie de la famille des Fabaceae plus communément appelée légumineuses. Toutes ces plantes sont utilisables pour des jachères apicoles sans restriction législative. On trouve aussi dans cette famille les haricots, les fèves, les lentilles, le soja, l'arachide, les genêts mais aussi le robinier (acacia).

La Phacélie fait partie de la famille plus restreinte des hydrophyllaceae. Celle qui nous intéresse est la Phacélie tanacetifolia c'est-à-dire avec des feuilles très découpées ressemblant à celles de la tanaisie. Il peut exister des restrictions départementales dans l'utilisation de la Phacélie dans une jachère.

Si un mur est disponible installez-y de la vigne vierge (Parthenocissus tricuspidata) et surtout du lierre (Hedera helix). Sa floraison tardive (début de l'automne) est la bien venue.

Si le sol et le climat le permettent vous pouvez semer de la lavande (Lavandula angustifolia) et de la bruyère callune (Calluna vulgaris).

Hormis le sarrasin, toutes les graines de ces plantes sont de petites graines, le semis ne doit donc pas être profond (entre 1 et 2 cm max) et doit donc être effectué sur un sol bien émietté, quand il n'y a plus aucun risque de gelée. Donc pas avant mars mais avant le 1er Mai (conformément à la loi sur les jachères). Un léger tassage (roulage) donne une meilleure homogénéité dans la pousse.

Vous trouverez les graines de la plus part de ces plantes au rayon engrais verts des jardineries.
Il existe des semenciers qui font des mélanges apicoles :
- Nungesser semences ("Sedamix pollen et miel", "Sedamix pollen sauvage")
- Semences Vertes ("Espace Abeilles", "Pronectar Lotier", "Pronectar TP")
- Semences du Puy.com (graines au detail)
- Jouffray-Drillaud
- Nova flore

On peut trouver ces mélanges apicoles par sachets de 1, 5, 10kg. On compte en général de 20kg à 30kg de graines, toutes espèces confondues, par hectare. Le prix du sachet d'un kilo varie de 25 à 50€/kg suivant la diversité et le type des graines.

Plantes mellifères industrielles  

Les plantes cultivées industriellement sont intéressantes plus par leur abondance que par leur qualité nectarifères individuelle. De plus elles ne couvrent pas toute la période apicole et dans les zones de monoculture leurs floraisons sont suivies et précédées d'un désert apicole de 9 mois ! Les plus connu, car les plus cultivées, sont le colza et le tournesol.

  • Le colza (Brassica napus). Semé fin aout début septembre, floraison en avril – mai de l'année suivante.
  • Le tournesol (Helianthus annuus). Semé dés que le sol dépasse 8°C (fin mars début avril), floraison en juillet.
  • Le maïs (Zea mays) la vigne (Vitis vinifera) et le blé (Triticum) n'ont aucun intérêt apicole.
  • le soja (Glycine max) a un intérêt très faible. Il existe du miel de soja en Argentine et aux Etat Unis (de soja transgénique).
  • On commence a revoir des champs, généralement bio, de Sarrasin (Fagopyrum esculentum) (Malgrés son surnom de blé noir, ce n'est pas une céréale)

Note : Les agriculteurs séparent les champs de tournesol oléique des autres tournesols pour minimiser les pollinisations croisées. Renseignez vous si vous installez des ruches dans un secteur de tournesol oléique.

Plus d'info : cetion

pesticide = danger ATTENTION: les graines de tournesol sont souvent semées enrobées de fipronil, qui est un insecticide systémique vendu par la société BASF sous le nom commercial de Régent TS. Cet insecticide est fortement soupçonné d'être une des causes de mortalité chez les abeilles.
Sont action néfaste aurait lieu à trois niveaux :
- Au moment des semailles de la poussière d'enrobage serait diffusée par voie aérienne.
- Comme c'est un pesticide systémique il est absorbé par la plante et se retrouve donc partout dans la plante : racine, tige, feuille, fleur, graine, pollen et nectar.
- Le pesticide persiste dans le sol même si son usage est arrêté. On le retrouve donc dans les eaux de ruissèlement et dans les plantes qui succèdent à celles qui ont été traitées les années précédentes.

Dans le cas du Gaucho (vendu par Bayer) utilisé en enrobage des graines de maïs, il a été prouvé que la molécule d'imidaclopride se retrouvée aussi dans la rosée se formant sur les feuilles du maïs.

Les arbres melliferes  

arbre en fleur

Il existe des arbres qui sont très intéressant d'un point de vu apicole. Mais contrairement aux plantes mellifères il faut attendre de nombreuses années après avoir semé pour en profiter !

D'un point de vue apicole on peut distinguer deux types d'arbres : ceux qui sont cultivés pour leurs fruits et qui font donc l'objet de traitements chimiques et les autres. Bien sur, ce sont ces derniers les plus intéressants car moins risqué pour les abeilles, mais aussi car ils se trouvent en général dans des environnements plus diversifiés. D'autre part les arbres fruitiers attirent les guêpes et les frelons, ce qui ne fait pas bon ménage avec les abeilles.

  • Le châtaignier (Castanea sativa)
  • Les Tilleuls à petite feuille (Tilia cordata) et à grande feuille (Tilia platyphyllos) sont prisés par les abeilles pour leur nectar mais aussi miellat. Le nectar de certains tilleuls, comme le tilleul argenté (Tilia tomentosa), sont réputés toxiques pour les insectes, y compris les abeilles. On reconnait le tilleul argenté au dos de ses feuilles qui est duveteux. Tilia x euchlora aurait un effet narcotique sur les insectes.
  • Le Robinier ( Robinia pseudoacacia), plus communément appelé Acacia(*) est classé dans les espèces invasives. Ses fleurs attirent tellement les abeilles que certaines plantes à proximité d'un Robinier on du mal à être pollinisées.

    (*) Les véritables Acacias sont des arbustes de la sous-famille des Mimosoideae (mimosas) alors que le Robinier appartient à la sous-famille des faboideae. Si certains acacias (comme Acacia greggii) ont des feuilles qui ressemblent à celles du Robinier ce n'est pas le cas des fleurs qui sont très différentes et caractéristiques des mimosas. Cette confusion Robinier/Acacia est propre au Français.

  • Sophora du japon ( Sophora japonica) est de la même famille que le Robinier. Il est plus rare, mais son nectar est très apprécié des abeilles.
  • Les érables ( Acer campestre, Acer platanoide ect)

D'autres arbres sont d'intéressant pour leur pollen et leurs exsudats (propolis) comme le peuplier ( Populus nigra) et le noisetier ( Corylus avellana).

Autres plantes mellifères  

coquelicot

Soyons honnête : Les longues listes de plantes mellifères ne servent pas à grand-chose au commun des apiculteurs. Faire une liste des plantes mellifères c'est juste bon à épaissir les livres ! Beaucoup ne font que copier ce que d'autres on déjà écrit et l'une des sources commune est le botaniste Gaston Bonnier (coauteur avec G. de Layens de livres d'apicultures). Et, quand ils ne plagient pas, ils ne sont pas d'accord entre eux. Pour un auteur la Vipérine (Echium vulgare) c'est bien pour un autre ça ne vaut pas grand-chose.

Parfois leur propre échelle de notation est douteuse. Exemple de notation douteuse tiré du « Traité Rustica de l'apiculture (*)» (édition 2006) qui consacre 30 pages pours présenter 90 plantes plus ou moins mellifères :

(*) Ce livre est pourtant un bon livre de vulgarisation sur l'apiculture que je recommande aux débutants.

  Brunelle Callune Coquelicot Melèze
Nectar (note 0 à 3) 3 2 0 0
Pollen (note 0 à 3) 3 1 3 0
Propolis non non non inutilisable
Période defloraion juin à sept. juillet à sept. main à juillet juin à sept.
Interet apicole(1 à 3 *) * * * * * * * *

La brunelle qui est l'une des rares plantes présentées à avoir une note de 3/3 pour le nectar et le pollen n'a un intérêt apicole que de 1. Alors que le coquelicot qui n'a pas de nectar obtient 3 étoiles comme la callune qui elle donne un miel qui se vend cher. Le mélèze qui a un zéro pointé pour tous les critères et qui est une véritable plaie pour les abeilles et les apiculteurs obtient une étoile comme la brunelle qui elle a les notes maximales ! Allez y comprendre quelque chose !

Ce que je vous conseille, c'est de travailler d'en l'autre sens. Regarder, tout au long de l'année, et notez où les abeilles vont butiner et ensuite trouvez le nom des plantes. Vous verrez que la liste n'est pas si longue que cela et vous aurez du mal à dépasser la douzaine de plantes.

Cela aura l'avantage de vous sensibiliser aux variations des sources d'approvisionnement des abeilles et vous fera découvrir la biodiversité de votre région bien plus qu'une longue liste exhaustive de plantes aux dessins parfois approximatifs.

Les écosystèmes mellifères  

A l'opposé des plantes industrielles dont l'intérêt réside dans la quantité il existe des plantes qui n'on d'intérêt que par l'écosystème qui les entoures. Aucune plante à elle seule ne suffirait à nourrir une ruche mais leur cohabitation rend la récole de miel possible.

garrigue ou maquis

On y trouve : Thym, romarin, lavande, dorycnium, bruyère arborescente blanche, bruyère callune, genêts, ronces. La ciste et la sarriette n'ont d'intérêt que pour le pollen. Il y a aussi des arbustes tels que l'arbousier et le buis. Les chênes sont la seule source de propolis.

Il existe cependant des endroits (comme en Provence) où des plantes aromatiques sont cultivées sur de grandes surfaces. C'est ainsi que l'on peut avoir du miel de lavande, de thym ou de romarin.

La prairie

La prairie est un milieu en général assez pauvre en fleurs mellifères. Ce n'est que l'étendue des fleurs (trèfle, pissenlit, plus rarement bleuet coquelicot) au printemps qui permette aux abeilles d'y collecter du nectar. Les haies avec les ronces et l'aubépine et les arbres, parfois fruitier, qui bordent encore les petites routes apportent un peut de diversité.

La foret

Il existe des forets ou domine une essence et dont on peut tirer un miel mono-floral. C'est typiquement le cas du châtaignier ou du sapin pour le miellat. D'autres forets sont plus hétérogènes et les abeilles y collecteront aussi bien du nectar que du miellat en proportion variable et qui donnera du miel dit de foret.

A noter que le mélèze est à fuir car le miellat que les abeilles y récolte se fige très rapidement et n'est utilisable, ni par les abeilles, n'y par l'apiculteur.

La montagne

Suivant l'altitude on y retrouve des ressemblances avec la garigue (bruyère, serpolet), la prairie (trèfles) et la forêt (sapin, châtaignier). On y trouve aussi des plantes plus spécifiques comme la germandrée des montagnes, et le rhododendron.

L'appellation 'miel de montagne' obéit à des règles strictes aussi bien dans sa composition (absence de pollens de plantes industrielles) que dans son extraction qui doit avoir lieu en montagne.

A Lire ...

Culture de la phacélie au Quebec.
Comment mieux concilier agriculture, biodiversité et apiculture ? (INRA).
Base de donnée botanique

Il existe aussi le site www.jacheres-apicoles.fr dont il faut savoir qu'il est financé par BASF qui n'est autre que le fabriquant des pesticides tels que le Regent/fipronil et le Bifenthrim mis en cause dans de nombreux procès un peut partout en Europe et aux Etats-Unis. Aussi bien pour des problèmes de santé humaine que d'intoxication massive des abeilles.

Vos commentaires 

Charger les commentaires.
Valid XHTML 1.1 Strict (c)2006-2010 Apiculture-Populaire.com
(mis à jour: 09/Mar/2010 22:29) Testé avec : Firefox 3 | Google Chrome 4 | Internet Explorer 8

Meilleur du Web : Classement des meilleurs sites web.

stats