Le male de l'abeille, communément appelé faux bourdon à cause de sa taille le faisant vaguement ressembler au vrai bourdon, fut, et est encore, le mal aimé de la ruche. En effet, comme il ne participe pas aux travaux habituels de la ruche tels que construction des rayons et butinage, il est souvent assimilé à un parasite de la ruche. Il fut une époque où on piégeait les males afin qu'ils ne pillent pas le miel accumulé par les ouvrières. Aujourd'hui certains apiculteurs utilisent le couvain de male pour piéger le varroa. Bien sur ces pratiques sont très risquées.
Pour tous le vocabulaire tel que haploide, allèle, meiose ... Je vous invite a lire la page sur les rappels de génétique.
RAPPEL
Un male nait d'un ovule non fécondé. Il a donc une mère mais pas de père. Ce mode de reproduction est appelé parthénogenèse gamophasique.
En 1835 (un an après son ordination comme prêtre) Dzierzon démontre que la reine donne naissance à des males par parthénogenèse. Un scandale éclate au sein de l'Eglise quand, en 1845, Dzierzon publie ses résultats. Comment des créatures terrestres pourraient elles ne pas avoir de père ? Comment une femelle pourrait elle engendrer sans l'intervention d'un male ? Seule la Sainte Vierge, par l'opération du St Esprit, avait accomplie ce miracle ! En 1870 l'Eglise demandera à tous ses prêtres de se soumettre aux décisions du concile de « Vatican I » (qui définit l'infaillibilité du pape). Dzierzon refusa. Il fut excommunié en 1873...
Puisque le patrimoine génétique d'un male ne vient que d'un seul gamette, l'ovule de sa mère, il n'a que 16 chromosomes au lieu de 16 paires de chromosomes. On dit qu'il est « haploïde ». Les femelles qui ont 16 paires de chromosomes (16 venant de la reine et 16 venant d'un male) sont dites « diploïdes »
Le fait qu'un male n'a que 16 chromosomes ne signifie pas que tous les males produits pas une même reine soient tous identiques. Pour un gêne donné l'allèle sélectionné au moment de la meiose n'est pas systématiquement le même. Par contre tous les spermatozoïdes produits par un même male sont tous identiques à l'ovule qui a donné naissance à ce male.
Pour aller plus loin dans ce domaine je vous invite à lire cette page sur la génétique des abeilles.
ROLE DU FAUX BOURDON
Quand la reine laisse un spermatozoïde féconder un ovule il y a rencontre de deux patrimoines génétiques : Celui de la reine et celui du male. Mais comme un male est haploïde ce qu'il transmet est identique à ce qu'il à reçu de l'ovule de sa mère. En conséquence, on a à faire à la rencontre du patrimoine de deux femelles. Le male servant de ‘transporteur' pour l'une d'elle (la plus vielle, et déjà fécondée).
Le Faux bourdon est donc investi du rôle de 'porteur de gênes'. Ses demi-soeurs ne pouvant pas se reproduire c'est lui qui est le seul dépositaire fertile des gènes de la reine. Il est le garant de la transmission des gènes de la reine (sa mère).
Contrairement aux femelles, les males circulent librement d'une ruche à l'autre. Cette acceptation des males par n'importe quelle ruche, et leur grand rayon d'action, assure le brassage génétique. (Certains n'y voient qu'un vecteur de transmission de maladies) Si un male venait à s'accoupler avec sa soeur les ovules fécondés par ce sperme seraient stériles ou non viable. Le brassage des populations de males minimise fortement ce risque. De plus, une reine s'accouplant avec une dizaine de males, il faudrait une sacrée malchance pour qu'ils soient tous ses fréres !... A moins que la ruche soit la seule dans un rayon de 10km.
Afin de garantir un minimum de diversité génétique un rucher devrait avoir au moins 3 ruches. Mais si on tue les males pour pas qu'ils mangent le miel de la colonie ou que l'on s'en sert comme piège à varroa cela ne fait que réduire la diversité génétique. Les abeilles sont déjà victimes de la baisse de la biodiversité, il n'est pas nécessaire d'alourdir leur fardeau !
Ne pas oublier que quand une reine essaime elle laisse derrière elle une reine vierge. Sans males dans les parages la partie de la colonie qui n'essaime pas aura complètement disparue dans les 6 semaines.
Certains disent que la présence des males dans la ruche ‘rassure' les abeilles car cela garantie, qu'en cas d'essaimage, la reine quelles élèverons pourra être fécondé. (Rappel : les males qui circulent dans une ruche ne sont pas forcement les fils de la reine de cette ruche). D'autres disent que leur présence faciliterait ou même inciterait à l'essaimage.
SIGNES DISTINCTIFS
Signes évidants:
- de gros yeux, avec plus de 8000 facettes (5000 chez les ouvrieres)
- un abdomen plus gros et plus arrondie que celui d'une ouvrière. Il est environ 2 fois plus lourd (220mg) qu'une butineuse (100mg)
- un vol bruyant
- Pas de dard. Donc ne pique pas.
- Une langue plus courte. Butinage plus difficile
- Antennes plus longues d'un segment , mais surtout avec 10 fois plus de capteurs (30000) que pour une ouvrière.
ADAPTATION DU FAUX BOURDON
La sélection naturelle a dépourvu le male de ce qui n'est pas utile à sa mission. Il n'a donc pas de glandes cirières, ni de glandes pharyngiennes, ni de système vulnérant (dard et glande à venin), ni de brosse à pollen. Par contre, il est pourvu d'un système visuel (gros yeux) et olfactif (antennes plus longues) bien plus performant que celui des femelles, d'un rayon d'action plus étendu et d'un appareil reproducteur.
La mission d'un male est tellement spécifique que dés qu'il l'a accomplie il meurt dans les minutes qui suivent son accouplement avec une reine. Cette mort est due au fait qu'il laisse son système reproducteur accroché à la reine avec la quelle il s'est accouplé. Un peut comme une ouvrière laisse sont dard après avoir piqué.
Dans beaucoup d'autres espèces animales, le male a tendance à chercher à féconder plusieurs femelles. Ici c'est l'inverse la diversité est assuré par la multiplicité des accouplements d'une femelle. Ce comportement est risqué pour les abeilles car si une reine meurt avant d'avoir pondu des males, c'est son patrimoine génétique est celui d'une dizaine de males qui disparait. Un autre comportement à risque chez les abeilles est le fait qu'une reine qui essaime le fait toujours sans attendre que la future reine se soit accouplée.
SON CYCLE
Quand un essaim s'installe, les premiers œufs de males ne seront pondus, au plus tôt, qu'après l'émergence de la première vague d'ouvrières. Soit, au moins, 3 semaines après l'installation de l'essaim. Les premiers males ne naitront donc que 7 semaines après l'installation de l'essaim et il leurs faut encore 2 semaines pour être mature sexuellement. Ceci explique le second pic dans la population des males d'une région, environs 2 mois après le début de la période d'essaimage (donc vers la fin juillet). Les petits essaims (surtout les essaims secondaires) ne font pas, ou très peu, de males.
En temps normal les reines ne pondent des œufs non fécondé, qui donnerons des males, qu'à partir du mois de Mars. Il y a 24 jours entre la ponte de l'œuf et l'émergence du male. Puis il faut environs 15 jours pour atteindre sa maturité sexuelle. Les males ne sont donc ‘opérationnels' qu'à partir de la deuxième moitié d'Avril, ce qui précède légèrement le début de la période d'essaimage. Leur duré de vie est à peine plus longue que celle d'une ouvrière et varie de 1 à 2 mois. Leur nombre est relativement faible, de quelques centaines à quelques milliers suivant la taille de la colonie (Les ouvrières se comptent en plusieurs dizaines de millier). Exceptions : 1) Si une reine vierge n'arrive pas à s'accoupler dans les délais, elle ne pondra que des œufs non fécondés, ce qui ne donnera que des males. 2) Une vielle reine, dont la spermathèque est presque vide n'arrivera pas à féconder ses ovules, et comme pour une reine vierge, ces ovules donneront des males. Dans ces deux cas le nombre de males est disproportionné par rapport à la population d'ouvrière qui en plus n'est pas renouvelé. On dit que c'est une reine arrhénotoque ou, plus simplement, « bourdonneuse ».
Les males qui n'ont pas réussit à s'accoupler mourront de mort naturelle ou bien les femelles les chasserons ou les tuerons dans le courant du mois d'Aout. Pour ceux qui sont encore à l'état de larve ils seront mangés !
L'ACCOUPLEMENT
L'accouplement n'a jamais lieu dans la ruche. Il a toujours lieu dans les airs et dans des endroits spécifiques où les males des environs se retrouvent en congrégation de plusieurs dizaines de milliers d'individus. Les reines vierges viennent les rejoindre sur ces lieux en début d'après midi. Ces lieux de rassemblement restent à peut prés les mêmes d'une année sur l'autres. Avoir son rucher prés de ces zones est un avantage car cela évite aux reines de parcourir de longues distances avec tous les risques que cela comporte.