Il est courant de lire que la fabrication de la cire coûte cher aux abeilles, et donc qu'il est préférable de leur fournir la cire sous forme de plaques gaufrées. Pour étayer cela il est dit qu'il faut 6 kg de miel pour produire 1 kg de cire, parfois certains auteurs disent que c'est même 10 kg de miel pour 1 kilo de cire. Mais qui à fait ces calculs, quand et comment ?
Coût de la cire, le fin mot de l'histoire !
J'ai longtemps cherché l'origine de cette information, et il me semble l'avoir enfin trouvé. Il s'agit d'un article écrit en français par Georges De Layens puis traduit en anglais, et publié le 25 mai 1887 dans « The American Bee Journal » Volume 23, Numéro 21 et intitulé « Honey Necessary to Produce Wax ». Pages 328 et 329 du recueil de 1887.
Attention : De Layens utilise le mot miel à la place de nectar, à cette époque l'erreur est courante. D'ailleurs, le nom scientifique donné à l'abeille en 1758, par Carl Von Line, est « Apis Mellifera » qui signifie « qui transporte du miel ». Pour plus d'info voir la page sur les origines de l'abeille.
L'EXPERIENCE DE LAYENS
De Layens consacre le début de l'article à démontrer que deux colonies qui semblent de même force ne produisent pas la même quantité de miel, et donc, que l'on ne peut pas faire des comparaisons entre ruches. Puis il présente en 7 étapes l'expérience qu'il a faite et qui évite ce problème :
- Les abeilles travaillent librement.
- La température était > 20°C, propice à la fabrication de cire nous dit De Layens.
- Une période où le miel est rare, afin de ne pas remplir trop vite les ruches utilisé pour l'expérience.
-
Il a sélectionné deux colonies de son rucher. L'état interne n'est
pas le même mais, de l'extérieur, elles semblent avoir la même activé.
Soit A la colonie la plus forte, et B la plus faible.
On prend deux corps de ruches que l'on remplit ainsi :
- A : 7 cadres bâtis + 1 cadre vide.
- B : 8 cadres bâtis. (pas de place pour bâtir plus) - On laisse les 2 ruches évoluer pendant 8 jours. Puis on enlève tous
les cadres de chaque ruche et on reproduit les condition de départ mais en
inversant :
- A : 8 cadres bâtis (pas de place pour bâtir plus)
- B : 7 cadres bâtis + 1 cadre vide
- A la fin de la deuxième période de 8 jours, on calcule 3 sommes :
- S1 = miel produit par A étape 1 + B étape 2 (les productrices de miel + cire)
- S2 = miel produit par A étape 2 + B étape 1 (les productrices de miel uniquement)
- S3 = cire produite par A étape 1 + B étape 2
La théorie voulant que S2 soit supérieure à S1 et que l'écart (S2 - S1) soit utilisé pour produire la cire (S3)
Un premier problème apparaît ici. Apres 8 jours de butinage aucune cellule n'était operculée. Les cellules contenaient donc une proposition d'eau plus élevé que dans le miel normal. Pour évaluer ce surplus d'eau De Layens décide d'ajouter de l'eau à du vrai miel jusqu'à obtenir la même fluidité que ce qui se trouve dans les cellules après 8 jours de butinage. Cette proportion d'eau ajouté devra être retirée de la différence (S2 - S1) afin de la convertir en poids de miel. (Layens ne donne pas de chiffre sur cette étape) -
La fécondité des reines n'étant pas la même, et le rythme de ponte
n'étant pas régulier, la consommation de miel pour nourrir les larves
n'était pas la même dans les deux ruche. Layens trouve qu'il y a eu
16634 - 16064 = 570 pontes de plus dans les colonies produisant de la cire.
Sur ces 570 pontes (3/8ème) entaient encore à l'état d'oeuf et (5/8éme) à l'état de larve.
Il faut donc évaluer la consommation de miel de ces larves et l'ajouter à la
production de S1.
Pour cette évaluation il fait référence à une expérience de Berlepsch (mais ne donne aucuns détails) et en déduit qu'il faut 47 grammes de pollen et miel pour nourrir 358 larves pendant 5 jours. (358 correspond aux 5/8ème de 570) D'après De Layens la nourriture des larves est constitue de 50% de pollen et 50% de miel. Il faut donc, au maximum, 25 grammes de miel pour nourrir 358 larves pendant 5 jours.
Puis, sans donner plus de chiffres De Layens conclut :
« Nous trouvons, par conséquent, que la différence de miel collecté était de un kilo et 202 grammes. Du quel fut produit 191 grammes de cire. Mes abeilles ont, par conséquence, utilisé 6,3 grammes de miel afin de produire 1 gramme de cire. »
Voila l'histoire !
Notez que pour De Layens la conclusion de cette experience est qu'il faut
nourir les abeilles avec quelque chose de moins cher que le miel. Il ne
propose pas d'économiser la cire.
REMARQUES
On ne peut qu'admirer l'ingéniosité déployée par De Layens pour essayer de compenser tous les paramètres. Mais il faut admettre que certaines méthodes ne peuvent donner que des résultats trés approximatifs :
- Il est dommage que l'expérience n'ai porté que sur deux ruches. Elle peut être faite avec un nombre pair quelconque de ruches.
- La dilution du miel pour évaluer la teneur en eau : Comment est mesurée la fluidité : avec un appareil, au jugé ?
- Tous les miels n'ont pas la même teneur en eau. (de 14% à 25%) Quel type de miel a servit de référence ?
- La proportion 50/50 miel/pollen : est ce fiable ? variable avec l’âge de la larve ?
- On aimerai en savoir plus dur l'expérience de Berlepsch (August Freiherr von Berlepsch - 1815-1877)
- Une colonie se comporte-t-elle de la même manière à 8 jours d'écart ?
- Comme entre les deux expériences il n’y a pas eu de naissance, la deuxième expérience se fait avec des abeilles plus âgées de 8 jours. La pyramide des âges des abeilles, et donc la répartition des taches (nourrices, cirière, butineuse), était-elle la même dans les deux colonies ?
AUTRES EVALUATIONS
Nous venons de voir l'origine du fameux rapport 6/1 (6 de miel pour 1 de
cire). Mais d'après le livre de J. Dennler « Bee-Wax its Economical uses and conversion
to money » publié en 1889 (l'original était en Allemand) il y a d'autres
resultats (non daté) :
- D'après Von Berlepsch : 13/1
- D'après Dr. Donhoff : 14/1
- D'après Cowan : 20/1
Dans ce même livre on apprend qu'a cette époque la cire coûtait le double du
miel.
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