Une des manières de débuter en apiculture est de récupérer des essaims pour constituer ses premières colonies. Avant de récupérer des essaims il a plusieurs choses à savoir et à respecter :
PREPARATIFS
Soyez prêt
Si vous faites savoir que vous récupérez des essaims (petites annonces,
mairie, pompiers, bouche à oreille …) vous devez être prêt :
- Protection : Vêtements et gants.
- Matériel : sécateurs, échelle, drap blanc, balayette ...
- De quoi récupérer l'essaim et le transporter en toute sécurité pour vous
et pour lui.
- Des ruches avec les barrettes (ou cadres) amorcées,
et avec leurs places au rucher.
- Des nourrisseurs et de quoi nourrir les essaims (miel ou sucre + eau)
une ou deux semaines.
Au mois de Mai il est courant de récupèrer plusieurs essaims par semaine.
Les ruches et le rucher doivent donc être prêts dés la mi-Avril.
Une fois que l'on vous a appelé, tout doit s'enchainer rapidement et surement.
Intervenez rapidement
En théorie on dit qu'il faut attendre le soir que les exploratrices soient
revenues et que l'essaim soit au complet. Dans la pratique l'essaim peut
repartir à tout moment. De plus, si on vous appelle à 11h, et que vous
prévoyez d'intervenir à 18h, les gens risquent d'appeler quelqu'un d'autre.
Protégez-vous
Il est faux que les abeilles regroupées en essaim sont toujours inoffensives
et ne piquent jamais. Certes elles n'attaquent pas sans raison, mais la
moindre contrariété peut très vite dégénérer. Il est impératif de bien vous
protéger, et de demander aux ‘spectateurs' de se tenir éloignés. [Voir
histoire vécu]
Votre intervention est gratuite
C'est une opération gagnant/gagnant. Vous récupérez gratuitement des
abeilles et une reine, l'autre personne est débarrassée gratuitement de
l'essaim. Laissez votre numéro de téléphone au cas où ils auraient un autre
essaim et au cas où ils voudraient vous acheter du miel de ‘leur essaim' !
Si ce sont vos premiers essaims pensez à la déclaration d'emplacement de rucher à la DSV (Direction des Services Vétérinaires) de votre département de résidence (même si le rucher est dans un autre département)
Soyez méthodiques sur les renseignements que vous prenez quand on vous
appelle (pour éviter cela...):
- Demandez à parler à la personne qui a vu l’essaim, et non à la mère
de la soeur dont le copain ...
- Assurez-vous bien qu’il s’agit d’un essaim ‘en liberté’ et non d’une
colonie qui a déjà pris ses quartiers. En effet, à partir de début juin les
essaims sont plus rares mais vous ne serez appelé presque que pour des
colonies qui viennent de s’installer. (Conduit de cheminé ou d’aération,
trou d’arbre, boitier électrique) Dans biens des cas seul l'aspirateur
pourra en venir à bout, sans garantie d’avoir la reine vivante.
- Est-il posé ou suspendu, à quoi ou sur quoi,
- A quelle hauteur, faut-il une échelle pour pouvoir le toucher,
- Sa taille : un pamplemousse, un ballon de foot, un seau (Attention,
un petit essaim posé sur une grosse branche peut paraître plus gros qu’il
n’est)
- Depuis quand il est là, a-t-il déjà bougé,
- Dans le passé, y a-t-il déjà eu des essaims dans les parages
immédiats.
Sans oublier un nom, une adresse un numéro de téléphone.
CAPTURE DE L'ESSAIM
La théorie préconise d'attendre le soir avant de capturer l'essaim. En effet le soir toute les éclaireuses seront revenues à l'essaim. Malheureusement il y a le risque que l'essaim s'en aille avant le soir ! Certains préconisent de faire de l'ombre à l'essaim et de le pulvériser d'eau afin de le dissuader de partir.
L'inconvénient qu'il y a prendre l'essaim pendant la journée est que, le soir venu, les exploratrices et les abeilles restantes vont former une grappe qui inquiétera ceux qui ont fait appel à vos talents d'apiculteur. Si vous ne les avez pas prévenus ils risquent de vous rappeler. Suivant les conditions météo, la grappe restante peut hanter les lieux 2 ou 3 jours.
Voici les 4 techniques de base pour récupérer un essaim.
Technique 1 - Transport
Avec patience et douceur, on découpe au sécareur les branches qui portent l'essaim.
Il suffit alors de déposer délicatement l'essaim dans la boite de transport ou de le secouer
directement dans sa ruche définitive. Cette méthode douce est le cas idéal, mais rare.
Technique 2 - Secouage
Cette technique repose sur le fait que les abeilles en grappe ne peuvent
pas s'envoler immédiatement (ceci est d'autant plus
vrai que les abeilles sont nombreuses)
- On dispose une boite au plus prés sous l'essaim (dans tous les cas à
moins de 30 centimètres sous l'essaim)
- On donne un coup sec et (très) fort sur la branche supportant
l'essaim.
- L'essaim se détache et se retrouve dans la boite avant que les
abeilles n'aient put s'envoler.
- On ferme vite la boite, et c'est fini !
NB : Cette méthode est moins efficace avec les petits essaims, ou les essaims posés sur un support que l'on ne peut pas ébranler.
Technique 3 - Migration
Cette technique repose sur l'attirance qu'ont les
abeilles pour les 'bonnes cachettes sombres'.
- On dispose un grand drap blanc sous l'essaim ou près de l'essaim.
- On pose une boite entrouverte (une ruchette) sur le drap.
- On s'arrange pour amener une bonne partie de l'essaim sur le drap.
- On dépose ou on guide les premières abeilles vers l'entrée de la
ruchette, les autres finissent pas suivre. La procession peut être
l'occasion de voir passer la reine.
Même pour les méthodes 1 et 2 il est prudent de mettre un drap sous l'essaim, cela évite de perdre la reine et des abeilles dans l'herbe, surtout si elle est humide.
Mais dans la pratique de nombreux éléments viennent compliquer les
choses.
- Accessibilité (végétation touffue, branche haute, toiture, pylône …)
- Support (arbre, buisson, haie, poutre, sous pente, grillage …)
Il faudra improviser et combiner les techniques de base ou faire appel
à une technique plus radicale.
Technique 4 - L'aspirateur à abeilles
Pour les cas compliqués il est parfois necessaire d'utiliser un aspirateur à abeilles.
Il s'agit d'un aspirateur à faible débit avec une « chambre de décompression » et un filtre
situé entre cette chambre et le corps de l'aspirateur. Il faut procéder
avec beaucoup de précaution afin de ne pas blesser les abeilles.
L'expérience montre que le tube où passent les abeilles doit être le plus court possible et lisse, et non pas annelé comme sur le bricolage de la photo ci-contre.
Il faut garder à l'esprit qu'un essaim sans reine ne vaut que pour son poids d'abeilles. Si on ne la capture pas, ou si on la perd, il faudra fusionner l'essaim avec une autre colonie. Plus on agit avec douceur et moins il y a de manipulations, moins on risque de perdre la reine.
INSTALLATION DE L'ESSAIM
Une fois l'essaim capturé il faut aller l'installer au rucher. Pendant le transport on doit s'assurer de la très bonne ventilation de l'essaim. L'essaim produit du CO2 et de l'eau. En milieu confiné cela peut être fatal aux abeilles en moins d'une heure.
Une boite en plastique 20 à 30 litres est très légère et donc très pratique pour récupérer des essaims placés en hauteur. Mais les abeilles ont du mal à se tenir aux parois, surtout à cause des tressaillements pendant le transport. Elles vont se retrouver entassées au fond. Pour éviter cela mettez des branchages avec des feuilles dans la boite qui serviront de support. Si vous utilisez une boite en plastique pensez à y faire de tres nombreux trous pour l'aération.
Une fois au rucher il faut transférer l'essaim dans une ruche. Les
utilisateurs de Dadant utilisent des ruchettes ou des corps avec partition.
Pour les utilisateurs de Warré un simple élément suffit dans bien des cas.
Pour effectuer le transfert on peut utiliser :
- Soit le secouage (rapide mais brusque). Afin de faciliter le passage
des abeilles on retire une barrette (ou un cadre) sur deux. Ne pas oublier
de les remettre avant de fermer sinon elles construiront sous le couvre
cadre.
- Soit la migration (plus long mais plus doux et plus instructif) en ouvrant
la boite sur un drap menant à la ruche. Un avantage de cette méthode est que seules
les abeilles vivantes entrent.
Les débris végétaux et les abeilles mortes restent sur le drap. Cela permet
aussi d'ausculter les abeilles, et parfois voir la reine. On peut évaluer
aussi le nombre de mâles et l'homogénéité de la colonie. Il n’est pas rare
qu'ayant des pères différents elles ne soient pas toutes identiques.
Une fois en place il y a toujours le risque que l'essaim reparte. Pour
éviter cela on peut :
- Soit mettre une grille à reine à l'entrée. La grille à reine à
cependant l'inconvénients de bloquer les mâles à coup sur mais pas
les reines vierges (essaim secondaire)
- Soit bloquer toutes sorties pendant 2 jours et 2 nuits. Dans ce cas
s'assurer que l'aération de la ruche est très bonne, et nourrir
obligatoirement avec du sirop. (50/50)
Avant, je n'aimais pas ces techniques coercitives. Mais j'ai du me rendre à l'évidence que des barrettes amorcées, des cadres cirés, ou des hausses enduites d'eau miellée n'étaient pas toujours suffisants pour retenir l'essaim.
CONDUITE
En général on peut installer l'essaim sur un seul élément Warré (toit + nourrisseur + élément + plateau). Comme un bel essaim peut construire les 8 rayons d'un élément en 2 semaines, ceux qui ne peuvent pas visiter leur rucher régulièrement commenceront directement sur 2 éléments, surtout si la météo est favorable. De même, si l'essaim est vraiment gros, démarrer sur 2 éléments.
Par sécurité il est conseillé de nourrir l'essaim avec du sirop (50% sucre / 50% eau) comme pour un nourrissement spéculatif. En fonction de la météo, il faudra poursuivre se nourrissage jusqu'à ce que la colonie soit autonome : construction de rayons, collecte de pollen, ponte, stockage de nectar. Un fond grillagé et un couvre cadre transparent sont idéaux pour vérifier l'activité et la croissance de l'essaim sans le déranger.
La collecte de pollen est un bon signe mais pas un signe suffisant pour savoir si la reine pond. D'ailleurs il arrive de récupérer des essaims qui ont déjà bâtit quelques cellules. On y trouve du pollen et du nectar mais pas d'oeufs.
Quelle que soit par la suite la technique de conduite de votre rucher Warré, pendant cette phase de croissance de la colonie, c'est par en dessous qu'il faut ajouter les nouveaux éléments.