Depuis quelques décennies la santé de l’abeille est mise à rude épreuve par les pesticides,
le varroa, la baisse de la biodiversité, sans oublier les maladies. Il n’est pas rare dans
le monde professionel d’avoir des pertes de colonies dépassant les 30%.
Il est donc important d’inclure dans sa conduite de
rucher une procédure assurant le maintient du nombre de ruches actives. Voici la méthode que
j’utilise dés qu’un rucher atteint les 12 ruches. Je l’appelle conduite par tiers, vous
allez comprendre pourquoi.
Cette méthode qui s’inscrit dans l’apiculture populaire n’est pas décrite par E. Warré. Mais le groupe de réserve dont on va parler est dans la logique de Warré qui place le respect de l’abeille au centre. Rappelons que l’abbé Warré n’a connût ni les pesticides, ni le varroa, ni la baisse de biodiversité ni la culture intensive du tournesol et du colza... Il nous faut donc nous adapter sans renier les principes de base. Rien n'empêche d'appliquer cette méthode avec des ruchers Dadant.
Les Objectifs
L’un des objectifs d’un rucher est la production de miel. Malheureusement il est rare de pouvoir récolter toutes les ruches chaque année. Quand on récole on prend le risque de trop récolter et d’avoir une colonie faible à la sortie de l’hiver (si elle passe l’hiver). Pour ne pas affaiblir une ruche il faut savoir ne pas trop récolter ce qui parfois signifie ne pas récolter du tout.
Un autre objectif est de maintenir, ou de faire croitre, le nombre de colonies d’un rucher. Malheureusement les pertes dues aux pesticides, aux maladies (parasitaires, bactériennes ou virales) aux facteurs environnementaux (météo, baisse de la biodiversité) et à l’essaimage naturel ont tendance à faire diminuer la population du rucher.
On pourrait résumer ces deux objectifs par : production et pérennité.
Conduite par tier
Pour produire tout en assurant la pérennité de mes ruchers, je m’astreins à la méthode suivante :
Chaque année je repartie les ruches de chaque rucher en 3 groupes à peut prés égaux :
- Groupe de production
- Groupe de division
- Groupe de réserve
Même si on doit essayer de faire des groupes de tailles identiques ce n’est pas toujours
arithmétiquement possible et les conditions peuvent faire pencher la balance en faveur
d’un groupe ou d’un autre.
Par exemple, sur un rucher de 12 ruches on n’est pas obliger de faire trois groupes de
4 ruches. Si les conditions son favorables on pourra avoir : 5 ruches pour produire,
3 pour la division, 4 que l’on ne touche pas. Si les pertes ont été élevées on fera p
lus tôt, 5 ruches pour la division, 4 en réserve que l’on ne touche pas et 3 pour
la production de miel.
Bien sur, plus il y a de ruches plus il est facile de construire les trois groupes. C’est pour cela que le strict minimum me semble être 10 ruches.
Rôle des groupes
- Le rôle du groupe de production est évident : faire du miel. On a tendance à vouloir gonfler ce groupe. Mais si vous voulez avoir une production régulière plutôt qu’en dent de scie je vous conseille de ne pas surévaluer ce groupe.
- Le rôle du groupe de division est de maintenir, ou faire croitre, le nombre de colonies actives dans le rucher. En principe ce groupe doit être au minimum égal au nombre de perte. Il est rare qu’une colonie obtenue par division puisse produire du miel l’année de sa création. La colonie souche peut éventuellement produire suffisamment de miel pour envisager une récolte. Exceptionnellement on récoltera sur ces colonies si le groupe de réserve est de bonne qualité.
- Le groupe de réserve est votre assurance miel. Il est constitué de colonies viables mais trop faibles pour être divisées ou produire en quantité suffisante. Il doit aussi contenir des colonies de qualité dont on peut espérer qu’elles passeront un bon hiver grâce à leurs réserves intactes. Ces bonnes colonies misent en réserve seront certainement des colonies utilisées pour la production et la division l’année suivante. Les seules opérations à faire sur une ruche de réserve sont : si nécessaire l’agrandissement par le bas, et obligatoirement le traitement anti varroa. Sauf exception, pas de nourissement pour ce groupe. Et bien sur pas de cire gaufrée !
Pour prendre une image agricole, ce groupe de réserve représente l’étape de jachère dans un assolement triennal.
Création des groupes
La constitution des groupes se fait dans l’ordre chronologique suivant : Reserve, Division, Production. Mais à tout moment une colonie peut être mise dans le groupe réserve.
- A la sortie de l’hiver (mars) on peut déjà détecter des colonies faibles, mais viables, qu’il ne faudra pas toucher et mettre en réserve.
- Puis, fin avril/début mai, il faudra sélectionner les colonies à diviser en fonction des pertes subies et de l’état du groupe de réserve. A ce moment on pourra ajouter des ruches au groupe de réserve.
- Puis en juin, en fonction du succès des divisions, on déterminera s’il faut encore ajouter des ruches au groupe de réserve. Le miel des ruches restantes sera collecté avec parcimonie.
En absence de pertes cette méthode donne une progression d’environ 30% par an. Quand les pertes dépassent 20% il faut diminuer le groupe de production au profit du groupe de division.
Si vous capturez des essaims sauvages (ce que je vous conseille vivement de faire) il faut les mettre dans le groupe de réserve. L’ajout d’essaim apporte de la diversité génétique et participe à la pérennité du rucher.
Complexification
Si cette méthode vous plait je vous conseille de l’appliquer pendant au moins 3 ans pour en mesurer les bénéfices. Même si vous avez du mal à équilibrer vos groupes, elle aura le mérite de vous faire prendre en compte les deux grands aspects de la conduite d’un rucher : production et pérennité. De plus, elle vous montrera que la pérennité s’assure de deux manières : par division et préservation.
Si vous faites des miels mono floraux (avec ou sans transhumance) et donc plusieurs récoltes dans l’année, les choses sont plus compliquées. Il faudra construire les groupes de production plus tôt.
L’élevage de reines est une technique supplémentaire permettant de gérer la croissance d'un rucher. L’introduction des reines se fait sur des essaims constitués avec les ruches du groupe de division. Suivant que l’on pratique la division de colonie ou l’introduction de reines les critères de sélection des colonies du groupe de division ne seront pas les mêmes. Mais c'est plus compliqué et c'est une autre histoire...